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6 - LES 11 TABLEAUX CLASSES

HYMNE A LA FORET DE RAON L'ETAPE

L’Hôtel de Ville abrite un témoignage unique décliné en 11 toiles. D’une dimension de 140 cm de hauteur pour 90 cm de largeur, ceux-ci représentent la vie dans la forêt vosgienne. Ces tableaux classés renfermés et ornant les murs du salon d’honneur de la mairie sont réalisés vers 1760. De cette collection locale, 7 d’entre eux sont consacrés à l’histoire du flottage de la vallée de la Plaine puis de Raon l’Étape. Ces toiles sont attribuées à Nicolas De MIRBECK, né en 1738 à Neuviller-sur-Moselle (54). Les parents du peintre sont seigneurs et laboureurs à Barbas (54) canton de Blamont, petit village de 145 âmes. Ce dernier est admis à l'âge de 15 ans dans les gardes du Duc de Lorraine STANISLAS. A 31 ans, il se marie le 17 février 1769 à LUNEVILLE (54) avec Marie ERVET, fille de Jean, chirurgien-major. Son épouse meurt le 15 novembre 1769 à la naissance de son fils. Nicolas De MIRBECK, élève de GIRARDET, s'inspirera puis apportera une preuve d’un cadre authentique sur la vie quotidienne et économique de cette époque. Ainsi les tableaux sont orientées sur l’exploitation, la transformation, le commerce du bois sans oublier le flottage avec des hommes «les oua-lous» qui accompagnent jusque Metz (57), les trains de bois par les rivières dont celle de la Meurthe. 

LEUR LÉGITIME PROPRIÉTAIRE

C’est le scieur Nicolas Benoît PETIT, fort riche, qui commande cette galerie de toiles en 1867. Il apparaît que cette homme semble-t-il, chargé d’une fonction de receveur municipal ou préposé chef de l’octroi, ne soit ni populaire, ni sympathique dans la ville de Raon. Il né le 4 septembre 1725 puis décède le 6 décembre 1780 à l’âge de 55 ans. Cabaretier, fils puis petit-fils de boucher, ancien boucher lui-même, il étend ses activités à partir de 1751 pour exercer un très grand commerce de bois évalué à un chiffre d’affaire de 600.000 livres par année : somme considérable pour l’époque. Il achète cette série de peintures qui décore les murs de sa maison raonnaise. Cette dernière lui appartient depuis le milieu du 18ème siècle. Elle est implantée au 25 rue Jules Ferry. Sur une pierre, au-dessus de la porte d’entrée, il est gravée la date de « IMEC 1687 ». Ainsi encastrés dans les boiseries de cette habitation, les tableaux voient différents locataires et propriétaires particulièrement cinq en trois ans.

Ces propriétaires successifs sont :

Sébastien FABRE, bourgeois de Raon, le 30.03.1784
François Louis LEJEUNE, avocat, le 09.07.1784
Charles BRETZNER, boucher, le 06.08.1784
MERCIER, marchand tanneur, la famille LAFARGE
Adelphe MULLER (faïencier et maire de Raon). C’est la fille de ce dernier qui épouse Charles ANDREZ, décide de vendre ces oeuvres à la commune de Raon l’Étape. Par l’intervention du maire de l’époque, monsieur FERRY Auguste comprenant l’intérêt que représente ces tableaux modestes du passé, la collection est ainsi acquise par la ville en 1927 où ils sont inscrits pour être classés à l’inventaire des monuments historiques.
C’est une exceptionnelle richesse unique au monde pour les spécialistes de la forêt. Les tableaux consacrés aux activités forestières représentent des scènes qui sont intitulées au bas de chacun.


Procès-verbal du 26 novembre 1927

DESCRIPTION

Le peintre prend l’exploitation de la forêt à son point de départ : le martelage, la marque des bois à abattre pour les conduire jusqu’à l’opération de la vente de coupe. Le paysage de la forêt est relevé par : des personnages, un déjeuner, un chasseur et son chien, des bûcherons puis des flotteurs. Sur la coupe de nombreux tâcherons travaillent ; ils ébranchent, abattent, débitent avec ardeur. Les voituriers transportent les bois au moyen d’un attelage classique : un cheval qui donne l’élan attelé à un bœuf qui tire de ses forces. Mais l’auteur s’attache surtout au transport des bois sur les rivières : le flottage, jadis étant principal moyen de transport des produits de la forêt. A Raon le flottage est déjà mentionné dans des actes au 13ème siècle. Il décline peu à peu en raison des routes et du chemin de fer. La fin du 19ème siècle voit passer les dernières flottes. Ces œuvres montre aussi l’installation d’une scierie avec sa grande roue à larges palettes, son chariot, sa scie primitive, le haut fer, sa petite cloche sonnant la fin du sciage. Toutes ces scènes qui faut parfois deviner car le temps n’a pas amélioré la peinture par des couleurs noircies puis une tonalité sombre. Heureusement, les trois tableaux à personnages ayant conservé leur fraîcheur séduisent aux choses du passé. Les sujets sont variés : la grande rue de Raon, un grand banquet d’apparat et la vente aux enchères des coupes de bois.

SCÈNES DE LA VIE FORESTIÈRE


Visite des forêts princières



1) Elle est révélée par des personnages identiques qui sont montrés : un groupe de cavaliers dont la plupart vêtus d’uniformes verts comme ceux des gruyers. Un seul cavalier est habillé d’un costume civil de coloris bleu ciel, vraisemblance Nicolas Benoît PETIT ; à leur côté les accompagnent à pied, des serviteurs. Ainsi officiers des Eaux et Forêts surveillant le marquage d'une coupe, le martelage des fûts qui sert à indiquer les arbres à conserver. C'est l'époque où le Duc se réserve les chênaies de Tronçais, Bellême et Réno-Valdieu. Suivons les dans leur périple depuis ce départ jusqu’à leur arrivée en forêt avec le marquage des bois puis pour finir un repas champêtre. Ainsi, il s’agit apparemment là, d’une Baulée destinée à une industrie située en aval et forte consommatrice de bois : peut-être celle des cristalleries de Baccarat (54) ou des salines de Rosières (54). Les hommes jètent les bûches à l’eau, d’autres surveillent le bord des rivières pour empêcher les riverains de s’approvisionner à bon compte. Par le jeu des biefs et des barrages, les destinataires récupèrent donc tout leur bois à l’arrivée. Des opérations de ce genre ont lieu deux fois par an.



2) Sont représentés ici à gauche, la phase du travail effectué sur une coupe de bois : le marquage des arbres par le gruyer, le martelage puis l’abattage à la hache des bois marqués. L’arbre est ensuite ébranché puis scié à la main. Les tâcherons et bûcherons façonnent les bois de « marrien » : poutres de charpente taillées à la hache. Les moyens de transports sont mis en évidence par voie terrestre avec des « chars » tirés par des attelages mixtes composés d’une paire de chevaux pour l’allure et d’une de bœufs pour la force. Mais la voie fluviale reste le mode le plus utilisé par simple flottage selon l’expression locale par : «voilage».



3 ) Il est décrit un pique-nique champêtre dans une clairière



4) Il y a bien sûr l’activité des scieries à haut fer avec leur roues à larges palettes installées le long de la Plaine. Le bois est alors acheminé vers la scierie pour y être débité en planches. Du fait de la position en arrière plan, au vue de l’église Notre-Dame en fond située hors des murs et à droite, émergeant du massif forestier, la grande tour du château Beauregard de Raon, la localisation de cette scierie ne peut se trouver que dans la vallée de Celles-sur-Plaine (88), peut-être à Wessvall : La Trouche (88).



5) Un autre retrace le départ des voileurs «oua-lous» accompagnant le train de bois et ayant fait plus d’un orphelin suite à des accidents.



6) Raon l’Étape est un port aux planches des plus importants de l’Est de la France comme le précise le tableau nommé préparation des voiles. Les planches sont stockées en tas triangulaires. Un tour est vraisemblablement la tour Bouquot avec en fond l’église Notre Dame.



7) La préparation des planches au pied des murs de la ville. Les voituriers qui transportent le bois ont l’attelage classique : un cheval et un bœuf attelés ensemble. On voit à droite la porte du Grand Faubourg menant vers Saint-Dié et derrière le mur, une chapelle (Sainte-Barbe ou Saint-Quirin).



8) Rue principale d’un village. Sans grande certitude, il peut être avancé le nom d’Allarmont (88).

La vente de coupe de bois



9) Cette vente aux enchères où les marchands de bois ne sont pas très nombreux, se passe dans une salle de justice avec sur une estrade. Un gruyer assis derrière une table dirige cette vente à la bougie. L’assistent des fonctionnaires chargés de la vente, forestiers et agents des finances. En bas, le greffier, l’huissier et les trois bougies d’usage. L’adjudication se fait à l’extinction des feux comme les ventes judiciaires de ce jour. Dans la pièce, les marchands de bois ne sont pas nombreux. Un de ceux-ci se tient fort mal en compagnie d’un autre homme. Ils devisent dans les stalles de manière assez rapprochée. Dans les archives, aucune trace de ventes aux enchères n’est mentionnée se dérouler à Raon l’Étape Il est possible que la scène se déroule dans un bâtiment de Senones.

Le banquet d’apparat



10) Le fleuron de cette galerie est le repas chez le prince de Salm. Tous les détails sont rapportés avec une scrupuleuse exactitude et minutie. Dîner dans une fort belle salle style Louis XV placée dans le palais des Princes de Salm-Salm à Senones, principauté enclavée en Lorraine et restée indépendante jusqu’en 1793. Hauts lambris, encoignures, trumeau, grande cheminée fleurie sont visibles. Dix sept convives de société se retrouvent autour d’une table ronde. Au centre, vraisemblablement Louis Charles OTHON, septième prince régnant soit un successeur Charles Alexandre ou Guillaume Florentin. Le prince arbore comme décoration la Toison d’Or. Toutefois, le dernier prince de Salm-Salm s’étant vu décerner cette distinction de chevalier de l’Ordre de la Toison d’Or par l’Empereur du Saint-Empire est le prince Nicolas Léopold qui règne de 1738 à 1770. Celui ne visitant ces possessions que pour la première fois en 1757, la date de réalisation du tableau peut se placer entre 1758 et 1770. A cette table ovale près de son Altesse reconnut par une certaine corpulence, des prêtres, parmi eux les abbés des trois grandes abbayes : Senones, Moyenmoutier et Etival. Les autres sont des laïcs hauts fonctionnaires de la Cour de la Principauté. Deux femmes complètent la table dont l’une est décolletée, probablement la Princesse. Sept laquais (valets), les uns en rouge et argent… les autres en bleu et argent, assurent un service. Sans compter un petit page se tenant près d’une bassine en cuivre contenant la réserve de vin. Il tourne le dos puis se dirige vers l’office. Semblant répondre à l’ordre du maître d’hôtel, il tient deux bouteilles par le goulot. De l’autre main, il pointe un index légèrement courbé dans un geste interrogateur. La table est somptueuse, les dormants la garnissent, pièces énormes de venaison d’où un sanglier entier. Toutefois, ni verres, ni bouteilles. A la mode du temps, les servants apportent ceux-ci. Le dessert, une superbe croquante est une pièce abondante qui occupe une table en avant. Pour compléter la scène, deux chiens dans un coin se disputent un os.

La vieille Grande-rue de Raon (rue Jules Ferry)



Cette antique rue de Raon est étroite surtout au fond où les maisons se pressent les unes contre les autres. Son enceinte est rétrécie car la ville autrefois est fortifiée où il ne faut pas perdre de place. Ces murs de Raon sont rasés lors de l’invasion française en 1632. La première maison à gauche est celle du peintre Nicolas De MIRBECK. C’est dans cette habitation, à l’étage que sont retrouvés par hasard ces tableaux, cachés par des boiseries. A côté, une auberge et l’enseigne classique : la branche d’arbre qui souvent dans les Vosges est une branche de gui, végétation parasitaire qui pousse sur les sapins. Plus loin à gauche, la mairie avec ses piliers et ses arcades. Accolée à ce bâtiment, la vieille église dédiée à Saint-Luc, fort ancienne, délabrée, malsaine, incommode et devenue trop petite. Celle-ci est démolie puis remplacée par l’église actuelle en 1832. Au fond quelques maisons d’aspect modeste. Sur leur emplacement est bâtie en 1825, la Halle aux Blés où se tient autrefois, un important marché de blé et de grains dont les transactions sont nombreuses. Le blé et les autres denrées sont apportés par voitures et un magasin central est nécessaire. La Halle ne manque pas d’allure avec ses gros piliers rappelant vaguement un monument historique. Elle est brûlée en août 1914. Reconstruite, une modification est apportée dans l’aménagement intérieur : marché couvert, commissariat de police, justice de paix et salle de théâtre. A droite quelques vieilles maisons avec des magasins et arcades disparus lors de l’élargissement de la rue. Quant aux personnages qui animent ce tableau, le peintre en fait une synthèse. Sont rassemblés là, des gens connue de la ville dans des scènes habituelles de la rue et du pavé. A la place d’honneur, trois flotteurs au premier plan et d’autres passent dans le lointain, revêtus de leur chapeau en feutre mou à larges bords, leur veste courte, le pantalon pris dans les jambières et sur l’épaule le foret : longue perche ferrée qui pousse la flotte et la dirige dans les passages difficiles. Sur ce foret, le paquet de hards : grosses branches de sapin tordues au feu qui remplacent la corde. Au premier plan encore, un haquet traîné par deux chevaux transporte des tonneaux de vin vers un marché important se trouvant place du Vieux-Marché-aux-Vins (rue Charles Weill). Le curé Dom BAZOCHE se promène seul, une sœur portant sa cornette entre à l’église, des femmes jabotent, des enfants se battent et roulent à terre. De bons bourgeois causent, l’un fume une pipe sur le banc devant sa porte, habitude patriarcale. Des ivrognes déambulent dans la rue, d’autres se soulagent le long d’un mur. Un homme portant tricorne, habit à la française converse avec une dame élégante. Tout ce spectacle ne choque pas un agent de police avec son tricorne, son habit blanc, ses broderies, sa culotte et sa canne symbole du commandement puis de l’autorité. N’oublions pas nous sommes au siècle galant, le XVIIIème.
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